Serge Gainsbourg \\ L'Homme A Tête De Chou

A l’occasion des 40 ans de la sortie de “L’Homme A Tête de Chou”, retour sur le 4ème concept-album de Serge Gainsbourg qui, à travers 11 chansons, raconte l’histoire d’un journaliste à scandales, amoureux fou de Marilou, au point de la tuer et d’être interné à l’asile.

Si l'album ne connaîtra pas le succès escompté à l'époque, il entame la transition entre Gainsbourg et Gainsbarre, poète déchu, pervers, alcoolique et enfumé. Il marque la fin d'une ère et le début d'une autre.

Inutile de présenter Serge Gainsbourg, ce personnage charismatique qui par son mépris de la société, son refus des règles et son attitude provocante a insufflé à la musique française un renouveau et une profonde remise en question.

Nous sommes en 1976. Gainsbourg a fait du jazz, il a écrit pour les autres. Les années 70 sont pour lui celles des albums conceptuels, sans doute les plus créatives de sa carrière, mais aussi les plus difficiles. “Histoire de Melody Nelson” (1971), le premier concept-album, ne remporte pas tout de suite le succès mérité. Puis “Vu de l'extérieur” (1973) et “Rock Around the Bunker” (1975) sont accueillis dans la quasi-indifférence.

Né d’une rencontre avec une sculpture de Claude Lalanne, Serge Gainsbourg sort en novembre 1976 un nouvel album conceptuel, lui aussi au succès très mitigé.

« J’ai croisé "L’Homme à la tête de chou" à la vitrine d’une galerie d’art contemporain. Quinze fois je suis revenu sur mes pas puis, sous hypnose, j‘ai poussé la porte, payé cash et l’ai fait livrer à mon domicile. Au début il m’a fait la gueule, ensuite il s’est dégelé et m’a raconté son histoire. Journaliste à scandale tombé amoureux d’une petite shampouineuse assez chou pour le tromper avec des rockers. Il la tue à coups d’extincteur, sombre peu à peu dans la folie et perd la tête qui devient chou… » - Serge Gainsbourg

Alors qu’il erre dans Paris, Serge Gainsbourg, grand amateur d’art, tombe en arrêt devant cette statue. L’homme est assis, ses bras reposent négligemment sur ses jambes. En lieu et place de sa tête : un chou. Serge Gainsbourg, qui ne se trouve pas beau, voit dans cette œuvre un reflet. Il l’acquiert et l’installe chez lui.

Elle lui inspire l’histoire d'un journaliste morose qui tombe amoureux d'une shampouineuse œuvrant chez Max, un coiffeur pour hommes. Cette “chienne” s'appelle Marilou. Dès l'introduction, on sent une atmosphère particulière, un peu pesante, et on comprend alors que cette histoire sera riche en rebondissements. Alternant les styles, on passe du reggae ("Marilou Reggae"), à la guimbarde plutôt utilisée dans la musique folklorique, aux influences classiques ("Ma Lou Marilou" est inspirée d’une sonate pour piano en fa mineur de Beethoven), en passant par des styles plus pop ("Marilou Sous La Neige").

Différents sujets, tabous pour l'époque, sont abordés : femme infidèle, nymphomane, homme pervers, obsessions, crime d'amour, plaisirs solitaires, actes sexuels, tout y passe. L’apogée est atteinte sur “Variations sur Marilou”, où se croisent, pendant quelques 8 minutes, les thèmes érotiques littéraires (Alice Au Pays Des Merveilles) ou la description d'un plaisir solitaire.

La censure en prend un coup, et la morale, n'en parlons même pas.

« L’homme à tête de chou est un concept-album très personnel, sans concessions, avec d’étonnants exercices de style, qu’il avait travaillés en orfèvre, et puis avec l’introduction du talk-over, c’est-à dire de la voix parlée en rythme, qu’il a régulièrement repris par la suite. Car il savait comme personne poser ses mots sur les mesures avec un sens du rythme qui m’émerveillait. Pour ce disque, il avait peaufiné les textes au maximum avant de les mettre en musique, contrairement à son habitude » - Philippe Lerichomme

L’enregistrement de ce nouveau 33 tours démarre cinq mois à peine après la sortie en salle du film “Je t’aime moi non plus” : les musiques sont mises en boîte à Londres en six jours, du 16 au 21 août 1976 et le mixage s’achève le 14 septembre suivant au Studio des Dames. Les arrangements sont confiés au fidèle Alan Hawkshaw (présent aux claviers et à la direction musicale depuis “Histoire de Mélody Nelson”) et la direction artistique à Philippe Lerichomme. Sans éviter le stress, partie intégrante de la création et en particulier la sienne, Serge Gainsbourg aborde la réalisation de ce nouvel album d’une manière radicalement différente.

Nous sommes en 1976 et le chanteur est l’un des rares en France à s’intéresser à la technique, aux micros dernier cri qui vont capter son souffle et ses soupirs. La légende raconte qu’il enregistre torse nu, pour que les froissements de sa chemise ne parasitent pas la prise de son. Gainsbourg ne chante pas, mais ça n’empêche pas les variations de sa voix. Il murmure, fait claquer les mots comme des détonations. Et il fait monter le suspense de son récit en jouant avec la bande-son. Avec la voix de Gainsbourg en gros plan, la musique ne serait là que pour poser l’ambiance.

Trois ans plus tard, Serge s'en ira en Jamaïque retrouver les bases du reggae qui enflammait Marilou, ce qui changera complètement ses orientations musicales. Là encore, la fin d'une ère et le début d'une nouvelle.

A écouter sur DeezerSpotifyQobuz ou YouTube :

1. L'Homme À Tête De Chou
2. Chez Max Coiffeur Pour Homme
3. Marilou Reggae
4. Transit À Marilou
5. Flash Forward
6. Aéroplanes
7. Premiers Symptômes
8. Ma Lou Marilou
9. Variations Sur Marilou
10. Meurtre À L'Extincteur
11. Marilou Sous La Neige
12. Lunatic Asylum