Vanessa Wagner & Murcof \\ Statea

Pour rester dans la lignée des univers classiques qui rencontrent l’électro, The Slow Listener propose de (re)découvrir cette semaine l’album “Statea”, sorti chez InFiné le 23 septembre dernier. 

Cet album est le fruit d’une collaboration entre 2 artistes aux univers bien différents : Vanessa Wagner, "Révélation soliste instrumental de l'année" en 1999 aux Victoires de la musique classique, et le mexicain Fernando Corona, alias Murcof, pianiste de formation lui-aussi, mais surtout maître de musique électronique expérimentale. Il est notamment réputé pour son univers intensément mystique et sa recherche approfondie de textures sonores.

Malgré une collaboration depuis plus de 7 ans déjà, “Statea” est leur premier disque. Ils y réinterprètent avec une délicatesse infinie des œuvres du répertoire minimaliste des années 60, 70 ou 80, mais aussi plus anciennes (une Gnossienne d’Erik Satie (1866 -1925)… ou très récentes (14 avril, d’Aphex Twin, pape de l’intelligent techno, sorti en 2001).

“Cet album fait une sorte d'éloge de la contemplation et de la lenteur” - Vanessa Wagner

"Statea" veut dire, en italien ancien, équilibre ou balance. Cela résume parfaitement cet album, guidé par la recherche d’un équilibre entre le piano acoustique et le triturage électronique.

Les deux artistes ont toujours cherché à ce que le point d’équilibre reste le son acoustique, même s’il est distordu, amplifié, augmenté à certains moment : la pureté des lignes mélodiques de Vanessa Wagner est renforcée par l'électronique de Murcof.

“On voulait rester dans un long cheminement, avec des titres de 9-10 minutes, ne pas avoir peur de prolonger les sons, parfois à la limite du silence.” - Vanessa Wagner

Si tout part du texte et du son du piano, le choix des morceaux, de leurs arrangements et de leur ordre sur l’album n’a pas été fait au hasard : le track-listing a été pensé pour ne pas être dans une production homogène. Les deux artistes ne voulaient pas que chaque morceau se ressemble, et que le travail de l’électronique soit le même.

Dans "In a landscape" de Cage par exemple (le premier titre de l’album), Murcof arrive tardivement, par toutes petites touches. Dans le Feldman en revanche, il est beaucoup plus présent.

Tout a été dosé au millimètre. Pas de façon volontariste, à l’instinct.

“Ce qui me marque, c’est l’écoute du son et de la résonance, et un rapport au temps qui est différent, puisque je joue tout un peu plus lent qu’avec un piano acoustique habituel.” - Vanessa Wagner

Si ce projet n’a pas pour vocation d’inventer le “futur de la musique classique”, Vanessa Wagner entend contribuer au mélange des publics, encore très rare en France.

Grâce à ce projet, le duo a été invité, certes un peu plus dans le milieu électro, mais aussi dans de grandes salles classiques avec un public qui mêle jeunes fans d'électro, des amateurs de musique contemporaine attirés par Morton Feldman et John Cage et un public de classique, plus habitué au travail de Vanessa Wagner. C’est peut-être le début de quelque chose... On l’espère.

En attendant, laissons-nous porter par ces 10 titres à travers lesquels les deux artistes nous invitent à un voyage méditatif, “une musique intérieure, minimaliste, très éloignée de l’agitation attendue autour de la musique électronique”.

Ecoutez et achetez "Statea" sur Bandcamp

  1. In a Landscape (John Cage)
  2. Variations For The Healing of Arinushka (Arvo Pärt)
  3. Avril 14th (Aphex Twin)
  4. Musica Ricercata n°2 (György Ligeti)
  5. Gnossienne n°3 (Erik Satie)(Album Version)
  6. Piano Piece 1952 (Morton Feldman)
  7. Farewell, O World, O Earth (Valentyn Silvestrov)
  8. China Gates (John Adams)
  9. Metamorphosis 2 (Philip Glass)