Michel Polnareff \\ Polnareff's

Alors que Vincent Vinel émouvait il y a peu le plateau de The Voice avec sa reprise très personnelle de "Love Me, Please Love Me" (mais on n'a toujours pas compris pourquoi !), revenons sur le lancement explosif de la carrière de Michel Polnareff et son troisième album, "Polnareff's", sorti en 1971. 

Trop souvent absent des critiques et biographies, ce concept album mérite pourtant de s'y attarder et d'y prêter une oreille attentive.

Michel Polnareff est né le 3 juillet 1944 à Nérac dans le Lot-et-Garonne. Son père, Leib Polnareff (Léo Poll), est un musicien émigré russe qui a notamment écrit des chansons pour Édith Piaf et Mouloudji. Sa mère, Simone Lane, d'origine bretonne, est danseuse. Michel Polnareff passe ainsi toute son enfance dans la musique : il commence le piano à 4 ans et reçoit à 12 ans le premier prix de solfège au conservatoire du 8e arrondissement de Paris. Déjà très créatif, une de ses passions d'adolescent est de créer des orchestrations jazz pour de grands airs classiques.

“Je suis français de culture et américain de musique” - Michel Polnareff

L’année suivante, il se familiarise avec la langue anglaise et la culture anglo-saxonne lors d'un séjour linguistique dans le Dorset. Le baccalauréat en poche et son service militaire accompli, il quitte à 20 ans le cocon familial qu'il juge étouffant. Il travaille d’abord quelques mois dans les assurances puis dans une banque mais, dès 1964, il préfère s'installer avec sa guitare (à défaut de ne pouvoir déplacer son piano) sur les marches de Montmartre à Paris .

Ses premières notes seront celles de “La Poupée qui fait non”.

Il devient beatnik, pacifiste et fait la manche en reprenant les standards rock de l’époque. En 1965, repéré et invité par André Pousse, il remporte un concours de rock organisé par Disco Revue au club alors branché La Locomotive. Le premier prix est un contrat avec Barclay, que Polnareff refuse.

Gérard Woog, un ami d’enfance, insiste pour le présenter à Lucien Morisse, alors patron d’Europe 1 et futur manager. Michel accepte de signer avec la maison Disc'AZ de Morisse à condition d’enregistrer à Londres - où les studios et les techniciens sont à cette époque plus performants - avec Jimmy Page à la guitare et John Paul Jones à la basse (futurs Led Zeppelin). A l’époque, ces deux musiciens sont inconnus du grand public : Page joue avec les Yardbirds et Jones est musicien de studio pour le label Decca.

À son grand étonnement, la maison de disques accepte. Il part donc à Londres en 1966 et commence une série de collaborations avec des arrangeurs de talent comme Jean Bouchéty ou Jean-Claude Vannier. “La Poupée qui fait non” sort le 26 mai 1966. La chanson connaît un triomphe sans précédent et du jour au lendemain la carrière de Michel Polnareff est lancée.

La France, un peu bousculée par ce beatnik hexagonal, provocateur naturel mais involontaire, tombe sous le charme d'un mélodiste raffiné, grand orchestrateur qui sait intégrer à merveille les sons du psychédélisme ambiant.

Il enchaîne alors les tubes, de la complainte “Love Me, Please Love Me” au romantique “Bal des Laze” en passant par l’existentiel “Sous quelle étoile suis-je-né ?” ou encore l’électrique et revanchard “Roi des fourmis”.

En 1966 et 1967, il monte sur la scène de l'Olympia en première partie des Beach Boys puis de Dalida. Il enchaîne les succès avec “Dans la maison vide” ou “Tous les bateaux, tous les oiseaux”.

“Je suis obligé de porter des lunettes noires si je ne veux pas confondre Cloclo et Johnny. Je suis très myope et j’essaye de donner à cette obligation de porter des lunettes un côté fantaisiste”. - Michel Polnareff

Les 14 et 15 janvier 1970, c’est en vedette qu’il remonte sur la scène de l'Olympia avant de partir en tournée. C'est à peu près à cette époque que Michel Polnareff se présente sous son apparence qui restera la plus célèbre : cheveux blonds et bouclés entourant une paire de lunettes blanches aux verres sombres. Ces lunettes indissociables du personnage, donneront lieu à d'innombrables élucubrations sur la raison de leur existence. En réalité, Michel Polnareff protège juste des yeux fragiles et très myopes.

Michel Polnareff

Toujours au centre d'attaques liées à son apparence et à son mode de vie, il répond en 1970 par la chanson, "Je suis un homme" afin de mettre un terme aux accusations d'ambiguïté sexuelle dont il est la cible. Mais lors de sa tournée, précisément à Périgueux en mai 1970, il est agressé sur scène. Epuisé, las et déprimé, il annule alors les dates ultérieures, dont un concert au Palais des Sports en juin où il aurait été entouré d'un orchestre symphonique.

Cette agression puis la mort de Lucien Morisse en septembre 1970, ainsi qu'une crise sentimentale lui causent une dépression, prémisse d’un malaise grandissant. Déjà se profilent la paranoïa, la dépression et l'abandon de ses affaires à un entourage douteux qui le mèneront à la fameuse banqueroute de 1973, puis à son départ pour les Etats-Unis.

“Je préfère être un artiste méconnu dans une musique que j’aime, plutôt que d’être une vedette dans quelque chose que je n’aime plus.” - Michel Polnareff

4 ans après son premier enregistrement à Londres, Polnareff reprend le ferry pour enregistrer son troisième album : Polnareff’s. Ses 2 premiers albums ayant été des compilations de maxis, Michel Polnareff a cette fois envie d’un véritable long format sous forme de concept album.

Alors que le jazz-rock fait rage, il rêve lui aussi de cuivres et d’orchestrations. De retour dans les studios d’Abbey Road et à l'affût des nouveautés, il expérimente un système quadriphonique, fait jouer un orchestre, utilise des synthétiseurs comme le Minimoog et s’offre les services de Herbie Flowers (bassiste pour sur “A Walk On The Wild Side” Lou Reed ou encore sur “Melody Nelson” de Serge Gainsbourg la même année). Essentiellement autobiographique voire autoparodique, l'album mêle jazz, pop, soul et psychédélisme. Vous noterez que le titre “Nos mots d’amour” est en réalité la v1 de “Lettre à France”.

Malheureusement il ne peut défendre cet album autant qu’il le souhaite : victime d'une seconde dépression nerveuse en janvier 1971, il fait une cure de sommeil dans un hôpital de la région parisienne. Cela explique sans doute pourquoi il n’en est pas souvent fait mention.

Un peu déconcertant pour ses fans de l’époque, “Polnareff’s” reçut un accueil mitigé à sa sortie, à l’instar de “L’histoire de Melody Nelson” sorti par Serge Gainsbourg la même année. Pourtant il est aujourd’hui considéré par beaucoup comme le chef d’oeuvre absolu de Polnareff. Très recherché par les collectionneurs, le prix du pressage original atteint aujourd’hui les 100 euros.

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  1. Voyages
  2. Né dans un Ice-Cream
  3. Petite petite
  4. Computer's Dream
  5. Le désert n'est plus en Afrique
  6. Nos mots d'amour
  7. ...Mais Encore
  8. Qui a tué grand' maman ?
  9. Monsieur l'abbé
  10. Hey You Woman
  11. À minuit, à midi