Leonard Cohen \\ Songs of Leonard Cohen

Leonard Cohen nous a quitté, quelques jours après la sortie de son quatorzième album. Pour lui rendre hommage, revenons sur la naissance de son tout premier album “Songs of Leonard Cohen” paru en 1967. Comment Leonard Cohen, poussé par le besoin d’argent, a sorti cet album fondateur rassemblant une grande partie des chansons qui sont considérées 50 ans plus tard comme ses plus belles et plus connues.

Né le 21 septembre 1934 à Westmount (Québec) dans une famille juive russo-polonaise, il grandit dans une ambiance messianique. Sans histoire apparente, son enfance reste marquée par la mort de son père alors qu’il a 9 ans : à cette occasion, Leonard enterre dans le jardin un message adressé à son père décédé qu’il a glissé dans la couture d’un de ses noeuds papillon. D’après lui son oeuvre n’est peut-être que le prolongement de ce premier geste poétique : il creuserait depuis, pour retrouver cette parole première.

Par la suite, il est également confronté à la maladie psychiatrique de sa mère, diagnostiquée bipolaire. Sans savoir lui-même s’il y a véritablement un lien, Leonard Cohen se découvre à son tour dépressif, marqué par des crises périodiques difficiles. Il passera donc sa vie à chercher des moyens d’apaiser sa souffrance psychique.

“Je suis toujours en train de rêver ma vie. Je suis content d'avoir un emploi à plein-temps. Travailler les mots, c'est mon job, mon devoir, ma passion.” - Leonard Cohen

Très tôt passionné par la littérature et la poésie, Leonard Cohen écrit ses premiers poèmes alors qu’il est étudiant à McGill. Selon lui, celui qui l’a inspiré et l’a aidé à “trouver sa voix” fut Federico Garcia Lorca (1898-1936). En parallèle il s’intéresse aussi beaucoup à la musique et participe à la formation d’un trio de country-musique et de folk "Les Buckskin Boys".

Après la publication d’un premier recueil de poèmes en 1956 “Let Us Compare Mythologies”, bien reçu mais peu vendu, il part en Europe en 1959 grâce à l’aide d’une bourse. Il séjourne d’abord à Londres, puis en Grèce pendant 7 ans sur l’île d’Hydra, refuge très apprécié des artistes de l’époque. Leonard Cohen y écrit “Flowers for Hitler”, un recueil de poèmes très controversé qui paraît en 1964. Il y raconte notamment sa rencontre avec Marianne Ihlen, sa compagne - qui restera sa muse toute sa vie et lui inspirera sa chanson “So Long Marianne” - dans une librairie de l’île. Il publie aussi deux romans : “The Favorite Game en 1963, un portrait d’un jeune artiste juif dans Montréal, et “Beautiful Losers en 1966, décrit comme une désagréable épopée religieuse d’une grande beauté. Malgré de bonnes critiques, le livre se vend mal. Leonard Cohen voit bien qu’il lui faut trouver une autre voie pour gagner sa vie. La musique s’impose tout naturellement à lui.

Se rendant à Nashville pour tenter d’y enregistrer un album de country-western, il fait une halte à New York où il découvre Joan Baez, Bob Dylan, Phil Ochs, Joni Mitchell et Tim Buckley. Il se met alors à fréquenter Greenwich Village et rencontre Judy Collins, qui jouera un rôle clé dans sa vie. Tombée amoureuse de sa chanson “Suzanne” alors que Leonard Cohen lui chante au téléphone, elle décide de la chanter et l’enregistrer sur son album “In My Life” en 1966, ainsi que la chanson “Dress Rehearsal Rag”.

“He came back the next day and he said : “I can’t sing, and I can’t play the guitar, and I don’t know if this is a song.” And then he sang “Suzanne,” and I flipped out. I said, “Leonard, that is definitely a song”.” - Judy Collins

“Suzanne” est une ode à Suzanne Verdal, l'ancienne épouse d'un ami de Leonard Cohen, qu’il décrit comme une “demi-folle” avec qui “on peut passer une nuit entière” et “on voudrait voyager”. Cela lui permet de se faire un petit nom sur la scène new-yorkaise où il rencontre Allen Ginsberg, Andy Warhol, Lou Reed, Jackson Brown et encore Nico.

Leonard Cohen monte pour la première fois sur scène en 1967. Le producteur John Hammond (qui avait déjà repéré et signé Billie Holiday, Bob Dylan, Bruce Springsteen, Aretha Franklin et Stevie Ray Vaughan) est touché par sa musique et le signe chez Columbia pour un premier disque produit par John Simon.

“A friend of mine said: “John, there’s this poet from Canada, who I think you‘d be interested in. He plays pretty good guitar and he’s a wonderful songwriter, but he doesn’t read music and he’s sort of very strange. I don’t think Columbia would be at all interested in him, but you might be.” So, I said, “Well, fine…”.” - John Hammond

La collaboration avec ce dernier se passe très bien, leur seul désaccord concerne la chanson “Suzanne: John Simon souhaite l’accompagner par de lourdes syncopes au piano et de la batterie, tandis que Leonard Cohen ne veut de batterie sur aucun de ses morceaux. En décembre 1967, John Simon parti en vacances, Leonard Cohen termine seul le mixage de l'album. Ainsi à Noël de cette même année, il publie à l’âge de 33 ans son premier album intitulé sobrement “Songs Of Leonard Cohen” et arrangé comme il l’entend.

À sa sortie, il eut un succès modeste aux Etats-Unis et un bien meilleur en Grande-Bretagne comme en Europe. Pour les Américains, cet album n’est que l’œuvre d’un auteur relativement connu qui veut prouver qu’il sait aussi écrire des chansons. Pour les Européens c’est une découverte totale. L’album, parfaitement maîtrisé pour une première oeuvre, est une suite de morceaux qui deviendront des classiques, de “Suzanne à “So Long Marianne en passant par “Sisters Of Mercy.

Les 10 chansons abordent l'amour, la mort, le pouvoir, le sexe et la religion. Ce sont les thèmes privilégiés de Leonard Cohen tout au long de sa carrière qui figuraient déjà dans son premier livre en 1956, jusqu’à son dernier album “You Want It Darker” sorti le 21 octobre 2016.

A écouter “Songs of Leonard Cohen” sur Deezer, Spotify, Qobuz ou YouTube.

  1. Suzanne
  2. Master Song
  3. Winter Lady
  4. The Stranger Song
  5. Sisters Of Mercy
  6. So Long Marianne
  7. Hey, That’s No Way To Say Goodbye
  8. Stories Of The Street
  9. Teachers
  10. One Of Us Cannot Be Wrong