Fishbach \\ A Ta Merci

Nous souhaitons partager avec vous l’histoire de celle dont on entend beaucoup parler ces derniers temps : Fishbach, qui vient de sortir ce vendredi 27 janvier son tout premier album : “A ta merci”.

Retour sur la belle ascension de cette femme de 25 ans, son univers particulier et son caractère affirmé. Une femme qui semble avoir déjà vécu plusieurs vies et qui, à travers 12 titres, aborde la mort sans crainte ni détour.

“Le qualificatif qui revient le plus quand on parle de ma musique est “dérangeante”. Et ça me va. Mais si je fais des chansons, ce n’est pas pour provoquer.” - Flora Fischbach

Originaire de Charleville-Mézières, élevée par un père routier et une mère aide-soignante, aînée d’une sœur, Flora Fischbach (un “c” en plus à l’état-civil) a grandi dans un environnement familial un peu morbide. Son oncle tient une entreprise de pompes funèbres, ainsi le sujet de la mort qui revient souvent dans les repas de famille, semble tout à fait normal.

Jugeant l’école “pas stimulante”, Flora claque la porte du lycée à 15 ans pour devenir vendeuse de chaussures à mi-temps.

Pour elle, l’école n’apprend ni à vivre, ni à s’exprimer, ni à chercher son bonheur. Elle ne trouve pas sa place dans ce système qui vise à “rendre les gens aptes à trouver une place sur le marché du travail”. Flora Fischbach préfère vivre des expériences directement sur le terrain, peu importe si elle doit galérer.

Après quelques temps dans la chaussure, elle enchaîne les petits boulots de photographe de sport puis de guide au Château de Vincennes.

Comme souvent, c’est à la tchatche qu’elle a trouvé ce dernier job : elle qui devait simplement arracher les tickets à l’entrée a finalement convaincu sa hiérarchie qu’elle pouvait très bien apprendre l’Histoire et effectuer des visites. Son ton bien à elle, très franchouillard, plaisait. Un petit boulot qu’elle a adoré, jusqu’au jour où l’un de ses collègues s’est suicidé…

Touche à tout et très terre-à-terre, Flora travaille aussi à l’usine et anime des ateliers de musique pour personnes âgées (projet qu’elle reprendrait d’ailleurs avec sa mère si son succès devait tourner court).

C’est grâce à son copain, “un type musicien qui faisait du métal”, qu’elle aborde à la sortie d’un concert et avec qui elle emménage à 17 ans, qu’elle fait ses premiers pas derrière le micro. Elle ne joue d’aucun instrument, mais son bagout et sa “gueule” incitent le jeune homme à l’embaucher comme chanteuse. Le groupe dure quatre ans et fait dans la veine cold wave, comme le duo 80’sKas Product.

Sous l’égide de ce “pygmalion”, comme elle le caractérise aujourd’hui sans rougir, elle trouve dans la musique un exutoire, un équilibre. À la fin du groupe, elle continue en solitaire et choisit Fishbach comme patronyme.

“Le projet s’appelle Fishbach et non Flora Fischbach parce que j’ai voulu séparer la scène et la vie. Sur scène, c’est seulement une partie de moi. Fishbach, c’est mon côté obscur. Ce qui me permet d’être plus sereine et plus douce dans la vie.” - Flora Fischbach

En effet, Flora Fischbach est fière de son nom. Signifiant en allemand “le poisson qui remonte le courant”, elle a décidé d’enlever le “c” pour souligner le côté “fish”, sa façon d’aller à contre-courant en revenant aux origines, en composant la musique que ses parents auraient pu écouter il y a quelques années.

Entre 2 ateliers de chant qu’elle anime, Flora compose donc en autodidacte et en solo ses premières maquettes début 2013, sur Garage Band (le logiciel de musique intégré aux ordinateurs Apple). Elle “crack” également des programmes pour retrouver les sons des synthés vintage qu’elle adore. Flora Fischbach ose le mélange sans se poser la question de sa légitimité.

N’osant pas faire écouter ses maquettes, c’est son ami Dimitri (devenu son ingé son) qui envoie tout au label Entreprise. Conquis, le label vient la voir 2 jours plus tard en concert et lui propose un contrat la semaine suivante.

Puis les choses s’enchaînent rapidement. En novembre 2015, elle est remarquée au festival les inRocKs. Mi-2016, elle remporte le prix du Printemps de Bourgespar un jury présidé par Nili Hadida, chanteuse du groupe Lilly Wood and the Prick. Fin 2016, en même temps qu’elle finit son album, Flora Fischbach est retenue en résidence aux Transmusicales de Rennes, suivie de 5 soirs de représentation pendant le festival. Elle bénéficie ainsi d'une opportunité dont ont bénéficié dans le passé des musiciens au parcours aussi remarqué que Stromae ou Jeanne Added. Elle surprend et séduit un public qui souvent la découvre.

“La variété, je trouve que c'est un mot très noble.” - Flora Fischbach

Flora Fischbach fait partie de ces groupes émergents qui proposent une nouvelle approche de la variété française, décomplexée, en chantant en français avec les codes anglo-saxons : une démarche moins dans la recherche d’un français poétique, mais sachant raconter de belles choses tout en faisant de la musique contemporaine et captivante.

Sa musique est ainsi inspirée de la musique post-punk et de la cold wave des années 80. Sa culture musicale vient du collège, mais également des jeux vidéos (Tony Hawk par exemple) ou encore de la pub.

“Je chante parce que c’est le moyen le plus accessible que j’ai trouvé pour expier mes démons, pour jeter ma peine. Ça fait du bien à l’âme de chanter, c’est un pansement formidable” - Flora Fischbach

Du côté de sa voix, vous remarquerez qu’elle ne chante pas toujours de la même façon. Quand elle veut parler de quelque chose qui lui fait peur (le téléphone dans “Tu vas vibrer” par exemple), elle adopte une voix très profonde. Quand elle veut chanter la joie d’être dans les bras de celui qu’elle aime, elle prend une voix plus sereine et douce. En appuyant certaines intonations, elle appuie aussi des émotions.

Flora Fischbach dit ses obsessions avec une intensité et une urgence telles qu’on ne doute pas de leur nécessité. Chant captivant, hanté par l’idée de la mort – vingt-cinq occurrences en douze chansons ! C’est la mort qu’on déjoue le temps d’un pas de deux dans “Eternité”, qu’on interroge sans attendre de réponse dans “Le Château”, sur le suicide. Elle, encore, qui rôde et qui séduit (“Mortel”). C’est même la mort personnifiée que Fishbach choisit d’incarner dans “On me dit tu”. Elle s’y adresse aux créatures périssables que nous sommes du haut de son impassibilité : “J’adore vous voir me supplier au bord de vos actes manqués, “encore un instant s’il vous plaît !”.”…

Rien de banal ni d'aseptisé chez cette jeune femme de 25 ans au chant androgyne et à l’électro-pop aux noirceurs magnétiques…

Un album à écouter sur BandcampDeezerSpotify ou Qobuz :

  1. Ma voie lactée
  2. Y crois-tu
  3. Eternité
  4. Un beau langage
  5. Un autre que moi
  6. Feu
  7. On me dit tu
  8. Invisible désintégration de l’univers
  9. Le château
  10. Mortel
  11. Le meilleur de la fête
  12. A ta merci

En tournée actuellement, notamment le 14 mars à La Cigale.

Pour aller plus loin, retrouvez une interview écrite de Fishbach sur Manifesto XXI, ou encore filmée sur Télérama.