Agnes Obel \\ Citizen Of Glass

Il est fait froid, Noël pointe son nez. Rendez-vous au Danemark pour se réchauffer : (re)découvrons Agnes Obel et son très beau troisième album “Citizen Of Glass” qui vient de nous arriver. A l’image du design scandinave, Agnes Obel ne fait pas dans la fioriture : une musique pure, minimaliste mais très juste et si chaleureuse. Elle s’interroge sur les questions de l’identité et de la transparence à l’ère d’internet et des réseaux sociaux.

Agnes Obel est née le 28 octobre 1980 à Gentofte au Nord de Copenhague dans une famille de musiciens (sa mère et sa grand-mère étaient pianistes et son père guitariste). Enfant, elle baigne dans la musique classique et le jazz. Elle écoute notamment Jan Johansson qui laisse sur elle une empreinte certaine : sa particularité est de reprendre au piano des chansons folk traditionnelles, en les accompagnant de mélodies d’une grande simplicité.

Comme une tradition, Agnes Obel apprend à son tour le piano dans lequel elle trouve l’outil d’expression idéal : rapidement son professeur lui laisse improviser et composer ses propres mélodies. Elle est particulièrement impressionnée par les silences. Pour elle, le piano prend toute sa splendeur lorsqu’on le laisse parler très doucement, quand on n’en joue qu’une seule note.

A 17 ans, elle intègre son premier groupe de rock danois, Sohio, en tant que chanteuse et bassiste puis se lance dans une carrière solo lorsqu’elle part vivre à Berlin en 2009. Après un premier album très remarqué - “Philharmonics” sorti en 2010, entièrement écrit, composé et interprété par ses soins - Agnes Obel prépare un deuxième album alors qu’elle est encore en tournée. Ce dernier devient disque d’or au Danemark en 2013 et finit d’asseoir sa notoriété dans toute l’Europe. Travaillant principalement seule, elle produit elle-même ses travaux afin de limiter le plus possible les interventions extérieures.

"La musique orchestrale ou symphonique ne m'a jamais spécialement intéressée. J'ai toujours été attirée par les mélodies toutes simples, presque enfantines. (…) J'ai d'ailleurs mis longtemps avant d'écrire des textes, les airs que j'aime me semblent déjà raconter une histoire, projeter des images." - Agnes Obel

Pendant sa dernière tournée européenne, elle tombe sur un article qui l’interroge. Il y est question de “gläserner bürger” (“le citoyen de verre” ou “citoyen transparent” en allemand), notion visant à mesurer le degré d’intimité qu’un individu possède dans un pays donné. Une personne est ainsi considérée comme étant “de verre” ou “transparente” lorsque nous savons tout d’elle. Agnes Obel s’identifie à cette notion, elle qui, timide, n’apprécie pas particulièrement l’exercice des plateaux télé et ne souhaite pas tout expliquer.

“Citizen Of Glass” c’est l’intimité mise en danger dans un monde où tout se dévoile sans pudeur et devient transparent. Les réseaux sociaux, la curiosité exacerbée, le voyeurisme, le pouvoir des médias, la célébrité, la téléréalité… Ces choses modernes qui soulèvent tant de questions, de symptômes sociaux.

“Il y a dans ce monde un sentiment grandissant d’obligation de transformer en citoyen de verre, qu’il faille se dévoiler, laisser tout monde nous voir, nous utiliser nous-mêmes comme matière. Ces jours-ci, tout ce qui concerne nos vies semble aller dans le sens de la révélation de l’intime, de notre moi dans chaque petit détail.” - Agnes Obel

Pour traduire ces sentiments, Agnes Obel sollicite tous les claviers : le piano, l’épinette, au son plus haut, le mellotron, plus proche de l’orgue, le célesta, sonnant comme une cloche et le trautonium, synthétiseur fragile aux touches en métal (c’est notamment cet instrument qui crée l’impression de cris perçants dans la musique du film “Les Oiseauxd’Hitchcock). Dans “Citizen of Glass”, le trautonium fait entendre dans plusieurs chansons (notamment “Familiar”) sa résonance froide et métallique, évoquant le tremblement du verre.

"Je connais bien le travail au piano, j'ai beaucoup composé ainsi. Cette fois je voulais travailler avec de nouveaux instruments bizarres." - Agnes Obel

Agnes Obel s'est également amusée à malaxer sa voix, parfois méconnaissable comme sur les choeurs de “Familiar”. Cette technique ouvre un nouveau champ des possibles pour Agnes Obel qui avoue avoir recommencé l'album cinq fois.

Son secret ? La simplicité : Agnes Obel vit toujours dans le même appartement, dans lequel elle crée et s’enregistre.

Son arme secrète ? Son compagnon, qu’elle connaît depuis l’enfance et avec qui elle vit depuis qu’elle s’est installée à Berlin. Lui qui est le seul à l’entendre et la conseiller lorsqu’elle crée et en qui elle a une entière confiance.

Le tout dans la plus grande intimité.

A écouter sur DeezerSpotify, ou Bandcamp :

1. Stretch Your Eyes
2. Familiar
3. Ref Virgin Soil
4. It's Happening Again
5. Stone
6. Trojan Horses
7. Citizen Of Glass
8. Golden Green
9. Grasshopper
10. Mary